C'est un ami sénégalais, entrepreneur chevronné à Paris, qui me l’avait dit. Il me conseillait gentiment de me mettre à la lecture. J'ai acheté les livres mais j'étais “tellement occupé” avec ma start-up que je n'ai pas pris le temps de les lire. Tout le monde sait que lire c’est bien. Mais beaucoup ne lisent pas de livres, surtout de nos jours.
En réalité, j'ai essayé, mais chaque fois que j'ouvrais un livre, je m'endormais à cause de la fatigue accumulée et du manque de sommeil. Au lieu de lire des livres, j'ai donc utilisé des articles de blog ou des vidéos pour apprendre des nouvelles notions, je pensais en savoir assez. J'ai eu tort.
Le réalité est que qu’on ne peut pas comprendre des notions tant qu’on n’a pas approfondi le sujet. Lire un article sur "le modèle de développement client dans le cadre de l'introduction un produit innovant dans un nouveau marché" n’équivaut pas à lire un livre de 400 pages, écrit par un entrepreneur expérimenté qui a créé et accompagné des dizaines de start-ups dans l’environnement de start-up le plus compétitif au monde. Je fais ici référence à « Les quatre étapes de l’Épiphanie », de Steve Blank.
La lecture donne des cadres éprouvés et des cas réels que nous pouvons nous approprier. Cela augmente la sagesse car elle permet d’apprendre des erreurs de quelqu’un d’autre.
Les souvenirs ou j’ai été le plus proche de la lecture quand j’étais petit remontent à quand j’allais rendre visite à mon oncle Ndongo Faye, le professeur d’Histoire et Géographie qui avait une grande bibliothèque dans son salon et qui lisait beaucoup. Je ne faisais que voir les livres sans plus d’intérêt. Il m’avait offert un mini dictionnaire de poche d’Anglais à son retour des Etats Unis. Je l’avais avec moi tout le temps jusqu’à ce que je le perdre. l’autre souvenir c’était avec Fatoumata Diallo, ma camarade du Dojo de Karaté. C’était durant mon collège à Malick Sy et ma 3ème à Thierno Seydou Nourou Tall. Elle lisait beaucoup et m’encourageait à lire et à étudier plus dur.
Notre installation en Malaisie m’a permis de revoir beaucoup de mes habitudes et d’instaurer de nouvelles habitudes que je pensais bonnes mais n’avais pas pris le temps de les mettre en pratique, la lecture régulière de livres en était une très importante.
Voici comment cela a fonctionné pour moi :
- Dormir suffisamment
Mis à part le Coran avec lequel, comme beaucoup de musulmans, j'ai un engagement journalier matinal de lecture, je m'endormais pratiquement à l’ouverture d’un livre. Je ne m’endors pas devant mon ordinateur, sauf avec une très grosse fatigue accumulée.
Dormir devant un livre montre juste qu’on manque de sommeil. Ne pas assez dormir n'aide pas dans tous les cas à puiser le maximum de son cerveau et cela peut affecter la santé à terme. Je ne dis pas que c’est facile. Moi-même pendant ces premières années d’entrepreneuriat et même avant, le travail me prenait beaucoup de temps et je ne dormais que vraiment au strict minimum. Je prenais peut être trop de sujets en même temps.
Même si je ne dormais pas très tard, je ne dormais pas assez tôt par rapport mon heure de levée qui ne change presque pas car coïncide à l’heure de la première prière du jour. De plus, j’ai pris l’habitude de ne pas me recoucher après la prière du matin (sauf en plein été en France). Le fait de mettre en place une routine pour dormir tôt m’a aidé à avoir suffisamment de sommeil pour tenir plus longtemps devant un livre. Cela m’a aussi aidé à réduire mes activités et ne gardant que celles que j’ai choisi de prioriser. Ce n’est pas grave si ce n’est pas fait.
J’avais réglé mon smartphone pour s'éteindre à une heure précise toutes les nuits pour éviter d’engager des actions ou recevoir des appels qui affecteraient le respect de mon horaire de sommeil.
En fait, ce n’est pas un honneur de manquer de sommeil, c’est plus un manque de savoir, littéralement. Il faut dormir comme Dieu nous l'a commandé. La nuit est faite pour dormir. Une de mes batailles les plus importantes est la capacité à maintenir l'habitude de dormir tôt. C’est la meilleure façon d’avoir une journée productive. La journée se prépare la veille. D'ailleurs le combat se gagne avant bataille, comme disait Sun Tzu dans l’art de la guerre.
- Respecter un horaire. Prévoyez au moins une demi-journée par semaine pour vous asseoir dans un endroit calme, sans perturbation, comme un café et ouvrir votre livre (papier).
- Trouver quelqu'un qui nous aide à respecter cette routine.
En plus de développer notre sagesse, on met en place des habitudes plus saines.
Je remercie Allah que mes challenges dans l’assiduité pour la lecture de l’époque n'aient pas affecté ma famille. Mon épouse a réussi à faire aimer la lecture aux enfants dès le bas âge. Ils lisaient plus que moi (peut-être aujourd'hui). Même si je ne lisais pas comme je voulais, nous achetions des livres. Il arrivait que les enfants lisent les livres que j'achetais avant moi. Le fait de ne presque jamais avoir une télévision à la maison a, je pense, aidé à cela. Je pense qu’en 20 ans, nous n’avions eu une télévision que pendant deux mois (TV que nous avait prêtée par ma belle soeur et qu’on a rendu rapidement en déménageant). Aussi, nous n'autorisons à nos enfants d'avoir des Smartphones. Ils pouvaient regarder des dessins animés, documentaires et même apprendre avec si besoin, mais c’est avec l’appareil de mon épouse avec un contrôle strict. Cela n’a pas été facile.
Lire est un exercice pour le cerveau. Comme notre corps qui a besoin d’exercice pour se développer et rester sain, notre cerveau a aussi besoin d’exercice pour se développer et rester sain. A l’opposé de regarder la télé, des vidéos ou écouter la radio qui met notre cerveau, nos yeux et nos oreilles dans un état statique de consommation sans production. Après plusieurs années dans ces habitudes, nos capacités n'augmentent pas, pire on les perd. Ils disent en Anglais : “if you don’t use you loose”
Je pense profondément qu’une des raisons principales du retard des pays en voie de développement et de la communauté musulmane actuelle (que je connais mieux) est lié à ce manque de culture de la lecture. C’est assez simple : lire (je parle bien dans le but d’apprendre la science utile) donne du savoir. Le savoir est ce qui développe une personne et une nation. Sans culture de la lecture à tous les niveaux nous risquons de ne pas voir le développement.
Regardez autour de vous ou allez dans une librairie dans n’importe quel pays développé, en voie de développement ou sous développé, regarder la majorité des auteurs des livres de quelle partie du monde ils sont. Ils sont de l’Occident. L’Occident contemporain a réussi à se développer avec une puissante production scientifique et littéraire. C’était le cas de la nation musulmane à son apposée. C’est assez simple.
Mais la lecture est une culture. Au Sénégal la lecture est réservée principalement à ceux qui savent lire le Français ou l’Arabe. Les livres sont bien sûr limités à la production francophone qui fait la promotion de sa culture et de son économie, ce qui est normal. Les livres en Arabe ne sont pas aussi accessibles, même si ça a beaucoup évolué ces dernières années.
“Ceux qui savent sont-ils égaux à ceux qui ne savent pas ?”
Lecture de livre obligatoire, Sport obligatoire
J’ai voulu construire un groupe de personnes qui se développent dans l’entreprise de manière personnelle et professionnellement.
J’ai toujours considéré mon aventure entrepreneuriale un moyen puissant et ultime pour apprendre de la vie et me transformer. Ce qui est le plus important pour moi c’est d’apprendre. Mon objectif premier n’est pas de faire des millions ou des milliards. Mon objectif premier n’est clairement pas de faire de l’argent. Je veux, par ce cheminement, apprendre des choses que je ne ne pourrait apprendre ailleurs. Je veux par ce cheminement, me rapprocher d’Allah de la manière la plus pure. Je veux que chaque petite chose faite dans ce cheminement soit un acte d’adoration qui sera accepté par mon Seigneur. Je me suis engagé dans ce cheminement pour pouvoir être utile de la meilleure des manières aux personnes autour de moi. De ce fait, je ne traite pas mes collaborateurs et mes employés comme des personnes distantes avec qui seulement le travail nous unit. Je pense que si Allah met sur notre chemin des personnes, nous leur devons plus que cette transaction mondaine. Nous sommes avant tout des êtres humains. Nous serons questionnés le jour de notre rencontre avec notre Seigneur. Je ne dis pas qu’on doit avoir ou on peut avoir cette relation humaine au-delà de la transaction commerciale avec tout le monde. Je veux juste dire que le principal reste la relation humaine qui est au dessus de toute relation commerciale.
J’ai donc voulu proposer à mon équipe tout ce que je pensais être bon pour nous transformer dans le but d’être de meilleures personnes. C’est ainsi que, puisque le vendredi après-midi je l'avais réservé pour ma lecture personnelle en bloquant mon calendrier pour éviter toute réunion, j’ai proposé à mon équipe aussi de prendre le vendredi après-midi pour lire des livres. Cette action pour moi faisait partie intégrante du travail. Périodiquement, nous faisons une réunion où chacun partageait sa lecture au reste de l’équipe.
Aussi, j’ai instauré des sessions de sport pour ceux était en Malaisie de deux heures par semaine à la fin de la journée. Une heure de jogging le mardi et une heure de basket le jeudi. Ces rendez-vous étaient considérés comme faisant partie intégrante du travail. Ils se faisaient donc aux horaires de travail.
Le résultat a été puissant et perdure jusqu'à aujourd'hui.
Je me conseille à moi-même ainsi qu'à toute le monde de faire plus d'efforts avec la lecture, donc la recherche de savoir utile pour nous, nos familles, nos communautés et nos nations.
Bravo, d'avoir lu jusque ici.
Ceci est un extrait de mon livre à venir, insha'Allah.

